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Le rapport 2008 a incontestablement un côté accablant pour Michel Labardin, maire depuis 2003. Celui-ci ouvre le débat en présentant le rapport. Il n’en conteste pas les termes. Comment le pourrait-il ? Mais il trouve mille excuses à l’explosion de la dette de la commune et à l’accroissement considérable des dépenses de fonctionnement depuis 2002. Explosion de la dette : « c’est, mes chers collègues, dit le maire parce que nous avons fait la médiathèque, le musée de Sonneville […] Je ne regrette rien, ces investissements, nous ne pourrions plus les faire aujourd’hui ».
Et pour cause, aimerait-on lui répondre ! Mais Monsieur le Maire a l’art de la défausse. L’opposition a acquiescé au projet de médiathèque, mais il oublie de dire qu’elle a regretté le caractère surdimensionné du projet. Une médiathèque, oui, il en fallait une à Gradignan : cet équipement manquait à la commune et personne ne le regrette. Fallait-il un projet de ce prix ? Aujourd’hui, les emprunts contractés pour sa construction plombent nos finances… et pour longtemps. Alors Michel Labardin accuse. S’il a fallu emprunter, c’est que les crédits de l’Europe n’ont pas été au rendez-vous (pourtant, il avait été prévenu en son temps qu’il n’aurait pas de l’Europe l’enveloppe qu’il espérait. C’est aussi la faute de l’Etat qui se désengage (mais qui dirige l’Etat ?) ; c’est la faute de la Région, du Conseil Général (pardon, de la conseillère général du canton – suivez ici le regard de M.le Maire - ). C’est la faute de la CUB qui ne rend pas à la commune ce qu’elle lui prend en encaissant la taxe professionnelle (on croirait entendre Margaret Thatcher : « Get my money back » (rendez-moi mes sous). C’est enfin la faute de l’opposition, qui a voulu la médiathèque et n’accepterait pas de la rembourser. La démonstration laisse pantois, rêveur.
Il s’en prend aussi aux services de l’Etat, incapables selon lui de préciser les critères d’attribution des dotations de la commune. N’a t-il pas écrit dans sa réponse à la Cour des Comptes : « quelques villes en France ont la désagréable impression de ne pas être traitées avec égalité et n’obtiennent pas de vraies réponses à leurs questions ». Son attitude fait penser à celle d’un malade qui face au médecin en charge de le soigner et mesurant sa température, après avoir fait mine d’ignorer ses conseils, s’en prendrait au thermomètre puis remettrait en cause la technique de mesure elle-même. Qui a raison ? le médecin ou le patient ?
Cela fait maintenant un bon quart d’heure que M. le Maire monologue. Il finit par donner la parole aux conseillers municipaux. Jean-Paul Jourdan (PS) prend la parole. Il note que le rapport de la CRC souligne la situation très dégradée des finances municipales en raison des choix budgétaires faits ces dernières années et dont la majorité porte toute la responsabilité. La dette depuis 2002 a augmenté de 33%. Elle atteint aujourd’hui 24 000 000 € soit plus de 1 000€ par habitant, un record dans la CUB. Les dépenses de fonctionnement ont cru dans le même temps de près de 28% et atteignent 11 000 000 €. Il souligne que ce rapport très critique de la CRC ne surprend pas les élus de l’opposition qui n’ont eu de cesse de souligner ces dernières années la dérive des finances municipales. Enfin, il note que cette situation va imposer à la commune une cure de rigueur : le rapport de la CRC ne dit pas autre chose. Dans le style imagé et spontané qu’on lui connaît, Claire Le Lann (Les Verts) enfonce le clou.
Elsa Grünfeld (PS) intervient à son tour. Elle a consulté les précédents rapports de la CRC. Elle note, à la lecture de celui de 2008, que des recommandations formulées par la Chambre en 2002 n’ont pas été prises en compte, sur l’équilibre des finances municipales (endettement et dépenses de fonctionnement), comme sur la procédure de certains employés municipaux. Celle-ci présente toujours les mêmes irrégularités.
Tour à tour, M. le Maire et Henri Rivière, adjoint aux finances répondent. Le premier est maître dans l’art de noyer le poisson dans l’eau. On peut le comprendre car sa position est très inconfortable. Il ironise parfois : « Vous semblez prendre plaisir à vous infiltrer dans les failles et les brèches. Ne soyez pas jouissifs » dit-il.
C’est donc qu’il y a des failles et des brèches dans les finances de la commune. Faut-il prendre cela comme un aveu ? Mais il n’y en a pas besoin : le rapport de la CRC est sans ambiguïté. On en reste là. Monsieur le Maire n’annonce rien. Il parle de sobriété budgétaire pour l’avenir. On devine ce que cela signifie et d’ailleurs il n’a pas le choix.
A l’issue de plus d’une heure trente de débat, on aborde ensuite les délibérations à l’ordre du jour.
Une seule prête réellement à débat. Elle prévoit la création d’un emploi de chargé de mission « commissaire général de Lire en Poche » à mi-temps. L’argument de Michel Labardin, releyé par Sana Sukkarie, adjointe à la culture, est que le succès de la manifestation l’exige. On comprend mal, car dans le même temps on explique qu’il faut donner à celle-ci une nouvelle impulsion : en manquerait-elle ?
Anne Banvillet (apparentée PS) souligne cette contradiction. Le nombre des entrées est le même depuis la première édition en 2005 (entre 10 000 et 12 000). Elle souligne la qualité de cette manifestation et ses limites : elle est presque tout entière concentrée sur un week-end ; elle n’est pas suffisamment lisible. On en souhaiterait un véritablement bilan. Michel Labardin semble d’accord, mais la réponse qu’il apporte – la création d’un commissaire général de la manifestation - ne paraît pas la bonne aux élus de l’opposition, au moment où la Chambre Régionale des Comptes dénonce une augmentation mal maîtrisée des dépenses de fonctionnement de la commune. Toutes les pistes alternatives ont-elles été envisagées, par exemple en formant et en faisant évoluer le personnel communal ? Tel est le sens de l’intervention de Denys Breysse (PS). Les réponses de la Majorité n’étant pas claires à ce sujet les élus de l’opposition votent contre la création de ce poste de « commissaire général ».
Les conseillers de l’opposition souhaitent désormais laisser une trace plus tangible de leurs interventions orales en Conseil Municipal. Sur les questions qu’ils jugent importantes, ils demanderont donc désormais l’inscription du texte de leur intervention au Procès-Verbal. Pour ce Conseil, il s’agit du :
interventions sur le rapport de la Chambre Régionale des Comptes de Jean-Paul Jourdan (dette) et Elsa Grunfeld (recrutement du personnel)
interventions sur Lire en Poche de Anne Banvillet (projet culturel) et Denys Breysse (recrutement d’un commissaire général)